Voici une super héroïne de bd décrite par ses pères, Morvan (scénariste) et Buchet (dessinateur). Il s'agit de l'impétueuse Nävis de SILLAGE :
Morvan : C'est notre fille, à Philippe et à moi. On a eu de la chance, elle est plutôt jolie, ce qui n'était pas évident avec des parents comme nous .. (rires). Ce qui est incroyable, c'est qu'on la fait vivre tous les deux, mais qu'on n'a jamais de conflit à son sujet. Je l'écris, il la dessine... j'interviens parfois dans des expressions qu'il lui donne, et lui dans des propos que je lui fais tenir.. On se l'est vraiment appropriée. Je ne veux pas dire qu'elle existe -je suis contre le fait de dire qu'on crée un personnage et qu'ensuite, on le laisse vivre sa vie - mais en même temps, elle existe...
Elle est très coquette aussi. Elle change de coiffure, de tenue pratiquement tout le temps...
Morvan : Je suis un grand lecteur de BD. Je n'aime pas celles dans lesquelles les personnages ne se changent jamais, ce n'est pas très réaliste.
Elle a quand même un côté un peu mec, pas physiquement parlant, mais dans ses propos et dans ses attitudes...
Morvan : Oui, c'est vrai. C'est mon malheur de ne pas réussir à écrire des personnages féminins qui ne soient pas moi, en fait ! J'ignore comment penser comme une femme. C'est très difficile pour moi. C'est ma tristesse. C'est ce qui fait la force de Nävis parce que ça lui donne du caractère, mais c'est quand même un garçon. J'aimerais parvenir un jour à écrire de vrais personnages féminins. Je prépare actuellement un scénario avec cinq filles. Je vais essayer de réaliser une espèce de jeux de rôle avec des filles qui n'ont rien avoir l'une avec l'autre... les placer en situation et voir comment elles réagissent, essayer d'avoir des réactions réelles de filles. C'est vraiment ce qui m'embête le plus en BD, de ne pas être capable de faire ça.
Tu as un public féminin sur Sillage ?
Morvan : Oui, une partie.
Qu'en pensent-elles ?
Morvan : Elles disent que c'est bien qu'elle n'ait pas de gros seins, en majorité... (rires). Les filles ont l'air de ne pas trop la détester...
Il y a aussi son caractère. Elle tient tête à la Constituante comme personne, elle ne tient aucun compte de l'autorité...
Morvan : Non, elle est chiante, en fait... (rires). Mais elle est rigolote quand même. Attachante. Enfin, je l'espère. Parfois, elle se trompe aussi. Mais même ça, ça fait partie d'elle. Elle n'est pas infaillible. En plus, je suis très méchant avec elle, exprès pour que le lecteur s'y attache. Il n'y a pas un album où elle ne se prend pas une raclée, où elle ne soit pas assommée... On lui casse tous ses jouets et ses amis... On ne la ménage pas vraiment. Mais je pense que ça la rend attachante...
Est-ce qu'elle a des failles ?
Morvan: Oui, je pense. Mais je ne la connais pas encore très très bien, finalement. On verra au fur et à mesure. A chaque album, elle prend du corps, elle s'enrichit... et elle est entourée de nouveaux personnages. Je n'ai pas de problèmes à en faire disparaître certains ; c'est indispensable, si tu ne veux pas avoir une kyrielle de personnages derrière le héros, qu'elle traîne partout et qui n'apportent rien... Je pense que c'est bien d'être capable de s'en séparer.